Donald Macintyre, Prospect Magazine, 6 septembre 2026
Les intimidations infligées par les colons israéliens à des villages comme Umm al-Khair montrent clairement pourquoi les Palestiniens estiment que l’intervention internationale ne peut plus attendre.


Le grand tas de gravats semblait pouvoir être le résultat d’une petite bombe. En réalité, il avait été laissé par un bulldozer de l’armée israélienne qui, avec une certaine précision, avait ravagé la chambre des deux jeunes filles d’Ammar et Jawaher Hathaleen le matin précédant mon arrivée pour passer quelques jours à Umm al-Khair.
Le bulldozer, qui a également détruit le toit de la cuisine familiale désormais éventrée, n’aurait pas dû surprendre. Presque toutes les maisons de ce village de Cisjordanie, qui compte quelque 300 Palestiniens bédouins dans les collines rocheuses du sud d’Hébron — ainsi que le centre communautaire de fortune, l’aire de jeux pour enfants et le gazon synthétique d’un petit terrain de football — font l’objet d’ordres militaires de démolition. Au moins 14 ont été exécutés au cours des dix-huit derniers mois.
Pourtant, la famille n’y était absolument pas préparée. Les filles de Jawaher dormaient lorsque l’armée est arrivée. Rangeant soigneusement le linge qu’elle avait pu sauver des décombres et balayant obstinément les gravats à l’intérieur de la maison, Jawaher explique patiemment ce qui, pour sa famille, relève de l’évidence : la destruction partielle de son foyer est indissociable du soutien de l’armée à l’empiètement incessant des colons sur les terres et les biens de la communauté. Ce harcèlement a déjà supprimé la principale ressource économique d’Umm al-Khair, en absorbant les pâturages où les villageois faisaient paître leurs moutons et leurs chèvres depuis des générations.
« Les colons arrivent, puis l’armée arrive derrière eux, simplement pour faire appliquer. Mais en réalité, ce sont les colons qui donnent les ordres, et l’armée ne fait que leur obéir », dit Fatima, la belle-mère de Jawaher. Jawaher désigne une douzaine de caravanes, ressemblant davantage à des « caravillas » préfabriquées, installées sur des fondations en béton et progressivement occupées depuis la fin août dernier comme avant-poste de colonie illégale sur des terres du village. « Comme vous le voyez, ils essaient simplement de s’étendre, ajoute Jawaher. Ils veulent rendre la vie ici trop difficile. Et à la fin, ils veulent juste que nous partions, afin de transformer [toute] cette zone en colonie. »
Il est difficile de contester cette analyse. Umm al-Khair se trouve en première ligne de l’annexion de facto, de plus en plus avancée, de la Cisjordanie par Israël. En regardant les débris devant la maison d’Ammar et Jawaher, sans parler des dizaines de drapeaux israéliens flottant le long de la route menant au village et autour de son périmètre, il faut se pincer pour se rappeler qu’il s’agit de la Palestine reconnue par 157 gouvernements, dont celui du Royaume-Uni, qui affirment qu’elle devrait devenir un État indépendant.
Le gouvernement Netanyahou continue de changer le visage de la Cisjordanie
En juin, une lettre accablante ayant fuité, signée par un ensemble d’anciennes grandes figures de l’establishment et de la sécurité israéliens, dont les anciens Premiers ministres Ehud Barak et Ehud Olmert, accusait le gouvernement de Benjamin Netanyahou de poursuivre « une idéologie de nettoyage ethnique » et de permettre aux colons de commettre des actes de « terrorisme juif » contre les Palestiniens de Cisjordanie, souvent avec l’assentiment, voire la coopération, de l’armée israélienne.
En Israël, leur avertissement semble être tombé dans l’oreille d’un sourd. Le gouvernement Netanyahou continue de modifier le visage de la Cisjordanie. Non seulement il s’est montré incapable ou peu disposé à condamner les attaques presque quotidiennes impliquant des colons (23 Palestiniens ont déjà été tués cette année lors d’attaques de colons, selon l’ONU), mais il a aussi encouragé et financé une croissance sans précédent des colonies dans toute la Cisjordanie — 34 au cours des six derniers mois seulement. Depuis le début de la guerre de Gaza, les Palestiniens ont été déplacés à une échelle inconnue en 59 ans d’occupation. Et les colons créent maintenant de nouveaux faits accomplis sur le terrain en étendant leur territoire à l’approche des élections israéliennes prévues le 27 octobre.
Depuis janvier 2023, date de l’entrée en fonction de l’actuel gouvernement israélien, 47 villages palestiniens ont été entièrement vidés de leur population, selon les chiffres de l’ONU. Rien que cette année, 3 800 Palestiniens ont été déplacés en raison de violences de colons, de démolitions et d’expulsions. Alors que plusieurs gouvernements étrangers, dont celui du Royaume-Uni, ont promis de nouvelles sanctions contre la politique de colonisation israélienne, le détail de l’usure imposée au quotidien dans des lieux comme Umm al-Khair montre clairement pourquoi leurs habitants estiment qu’une telle intervention internationale ne peut plus attendre.
Le clan Hathaleen (auquel appartiennent presque tous les habitants d’Umm al-Khair) est devenu réfugié pendant la guerre de 1948, au cours de laquelle l’État d’Israël a été fondé et quelque 700 000 Palestiniens ont été dépossédés. Ses membres ont quitté la ville désertique d’Arad, dans l’actuel Israël, et, en 1952, ont acheté aux propriétaires le terrain sur lequel ils établirent ensuite le village ; ceux-ci disposaient de preuves de paiement d’impôts remontant à l’époque ottomane. Ils y faisaient paître leur bétail sans être guère inquiétés, même après qu’Israël eut pris à la Jordanie le contrôle de la Cisjordanie lors de la guerre des Six-Jours de 1967. Puis, en 1981, le gouvernement israélien a établi un avant-poste militaire près d’Umm al-Khair, qui s’est développé pour devenir la grande colonie de Carmel — illégale au regard du droit international.
Carmel, qui est sioniste religieuse comme de nombreuses autres colonies de Cisjordanie, domine Umm al-Khair et l’enserre sur trois côtés. Ses maisons de banlieue aux toits rouges, ses jardins et ses terrains de basket donnent une impression de permanence que les habitations palestiniennes bricolées en béton, parpaings et tôle ondulée ne peuvent égaler. L’inhabituelle proximité physique des deux communautés en fait un microcosme visible de l’expansion coloniale à travers la Cisjordanie. Le nouvel avant-poste de caravanes qui jouxte Umm al-Khair achève désormais l’encerclement de la partie la plus peuplée du village palestinien, faisant peser un doute sur son avenir exactement comme le décrit Jawaher Hathaleen.
Les colons ont ouvert une piste à travers des terres auparavant reconnues par les autorités israéliennes comme palestiniennes et privées, créant un raccourci entre Carmel et les caravanes. Un vendredi soir, j’ai observé avec des habitants palestiniens de petits groupes familiaux de colons — plusieurs hommes armés de fusils M16 — qui avançaient lentement, à quelques mètres de nous, le long de cette piste pour y célébrer un office de shabbat, suivi du dîner traditionnel et de chants, dans la caravane la plus proche d’une maison palestinienne.
Comme ils auraient facilement pu prier dans la synagogue de Carmel, il était difficile d’y voir autre chose qu’une affirmation de « souveraineté ». Mais leur itinéraire avait une autre signification. En juillet dernier, alors que des habitants tentaient d’empêcher un bulldozer de commencer à dégager le terrain pour cette piste, un colon ultra-militant, Yinon Levi, a abattu Awdah Hathaleen, enseignant de 31 ans d’Umm al-Khair, également dirigeant communautaire, militant résolument non violent et père de trois enfants. En août de cette année, fait extrêmement rare, le procureur de l’État israélien a annoncé que le tireur avait été inculpé d’homicide involontaire par imprudence, passible d’une peine maximale de 12 ans.
Le jour de la mort d’Awdah, une excavatrice exploitée par l’entreprise de construction de la famille Levi, Eyal Hari Yehuda (elle aussi sanctionnée par le gouvernement britannique), qui nivelait le terrain destiné au nouvel avant-poste de caravanes, a commencé à labourer des terres palestiniennes privées plantées d’oliviers — sur ordre de Yinon Levi, selon l’acte d’accusation — afin d’ouvrir la nouvelle piste.
Awdah — qui avait travaillé sur No Other Land, le documentaire oscarisé tourné à Masafer Yatta, la zone du sud de la Cisjordanie où se trouve Umm al-Khair et où vivent au total quelque 4 000 Palestiniens — observait la scène depuis le centre communautaire, tandis que son cousin Ahmed se plaçait devant le bulldozer en demandant au conducteur de s’arrêter. Au lieu de cela, le conducteur a renversé Ahmed et l’a écarté, lui transperçant le bras avec le marteau mécanisé de l’excavatrice. À ce moment-là, au moins une pierre, et probablement davantage, ont été lancées par un ou deux Palestiniens, mais pas par Awdah, qui filmait la scène tout en tenant dans ses bras son jeune fils Mohammed, et pas en direction de Levi.
Levi a pointé son pistolet vers Awdah et l’a tué avec la première de deux balles tirées à environ 35 mètres — une action filmée par Awdah lui-même. C’est d’ailleurs peut-être la clarté de ces preuves largement diffusées qui a convaincu les procureurs d’agir. Levi est le premier colon inculpé pour avoir tué un Palestinien depuis 2019.
Khalil, frère d’Awdah, âgé de 39 ans et lui aussi dirigeant communautaire, a accueilli favorablement l’inculpation mais affirme que la famille aurait préféré une accusation de meurtre. « Nous espérons obtenir justice pour Awdah. C’est notre seule demande. » L’inculpation, à elle seule, n’effacera évidemment pas les souvenirs. Hanady, la veuve d’Awdah, âgée de 25 ans et désormais seule avec trois garçons de moins de six ans, regardait les événements depuis sa maison cet après-midi-là. « Même aujourd’hui, je n’arrive pas à croire qu’il soit parti, me dit-elle. Je n’arrive pas

Lorsque l’armée et la police sont arrivées, des images vidéo montrent Levi désignant plusieurs Palestiniens qu’il voulait voir arrêter. Cinq villageois ont été détenus ce jour-là, puis 13 autres au cours des jours suivants. Ils ont été progressivement libérés au cours des dix jours suivants, tous sous caution. Levi, en revanche, a été arrêté, détenu pendant la nuit, présenté à un tribunal, placé en résidence surveillée puis libéré au bout de trois jours. À peine plus d’une semaine plus tard, il était de retour à Umm al-Khair pour superviser les travaux de terrassement des caravanes.
Un an après la mort d’Awdah, Hanady dit n’avoir « pas le choix » : elle doit poursuivre l’héritage de militantisme non violent laissé par son mari. Elle estime avoir le devoir de parler des conditions que les habitants disent subir de la part des colons et de leurs protecteurs militaires. « Nous ne nous sentons pas en sécurité. Nos enfants ne se sentent pas en sécurité. Ils ne veulent pas de vie palestinienne ici. Après que mon mari a été tué ici, je ne partirai jamais… Il y a du sang ici. »
Avant même d’abattre Awdah, la notoriété de Yinon Levi dépassait déjà le sud de la Cisjordanie. Levi avait été sanctionné comme extrémiste violent par le gouvernement britannique, l’Union européenne et les USA (jusqu’à ce que Donald Trump annule un décret de sanctions pris par l’administration Biden). Dans les semaines qui ont suivi le massacre de 1 200 Israéliens par le Hamas le 7 octobre 2023, Levi a joué un rôle de premier plan dans l’expulsion des habitants de Zanuta, autre village de Masafer Yatta. Il avait agi depuis sa base de Meitarim, l’un d’une chaîne rapidement croissante d’avant-postes isolés de Cisjordanie qui se sont emparés de terres palestiniennes, constituant pour des communautés comme Umm al-Khair une menace économique au moins aussi grave que la menace physique.
Dans certaines parties de la Cisjordanie, ce processus — ouvertement qualifié de « méga-stratégique » par Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et colon extrémiste désormais chargé des affaires civiles en Cisjordanie — est toujours en cours. Souvent, les colons utilisent leurs propres moutons pour remplacer les troupeaux palestiniens et font paître des vaches, voire des chameaux, afin de détruire récoltes et oliviers. Mais à Umm al-Khair, le processus semble déjà achevé, en partie parce qu’une grande partie du territoire du village a été classée « terre d’État ». C’est la première étape, juridiquement et militairement exécutoire, pour la rendre disponible à la colonisation.
Sous l’effet de ce harcèlement, plus aucun habitant d’Umm al-Khair ne fait paître ses troupeaux dans les champs environnants. La population, fortement réduite, de moutons et de chèvres du village est désormais confinée dans des enclos, où elle dépend d’un fourrage coûteux acheté dans le commerce. Mahmoud, un habitant, explique que dans les années 1970 son père possédait quelque 500 chèvres et moutons qui paissaient librement de février à octobre, alors qu’il n’en a plus qu’une vingtaine ; les 7 000 € ou davantage qu’il doit consacrer à leur alimentation d’octobre à avril dépassent ce qu’il peut gagner en vendant agneaux et lait. « La situation ici empire chaque jour et nous avons peur chaque jour. Le moment de partir approche, parce que les colons et Tsahal exercent davantage de pression sur nous pour nous chasser. »
Mahmoud ne parlait pas seulement de la perte des terres, mais aussi de la menace qui pèse sur les maisons des villageois, illustrée de manière saisissante par la saga surréaliste qui frappe le foyer de 17 personnes de son voisin Salem, grand-père de 52 ans.
Les limites de la propriété de Salem se trouvent à seulement 20 mètres de l’une des caravanes. Vers 19 h 30, un soir de juillet, l’une de ses deux épouses, Ikhlas, se trouvait dans les toilettes extérieures lorsqu’un colon a frappé à la porte et lui a ordonné de sortir. L’armée israélienne a ensuite déclaré ces toilettes comme faisant partie d’une « zone militaire fermée ». Désormais, une balançoire en bois pour enfants et un drapeau israélien ont été installés entre la maison et les seules toilettes de la famille, signifiant que celles-ci sont interdites d’accès.
Assise devant la maison en train de coudre, Ikhlas parle avec pudeur de l’humiliation liée aux toilettes extérieures et du fait que la famille doit désormais aller chez les voisins, même au milieu de la nuit, pour utiliser leurs sanitaires. Ce sont ses enfants, âgés de trois à 25 ans, qui ont le plus souffert de ces changements, dit-elle. « C’est une maison simple, mais autrefois nous avions la meilleure vie du monde. Puis l’armée est arrivée, les colons sont arrivés, les caravanes sont arrivées, et nous avons échangé la meilleure vie contre la pire. »
Depuis, la propriété de Salem est devenue un champ de bataille essentiel dans les efforts des colons pour étendre leur contrôle territorial
Lorsque nous nous sommes rencontrés, le troupeau de Salem, autrefois fort de 150 bêtes, n’en comptait plus que 10, dont trois chèvres qui fournissent du lait aux enfants lorsqu’il est autorisé à les rejoindre dans leurs enclos (eux aussi soumis périodiquement à des fermetures militaires). La pauvreté de la famille s’est aggravée car, après avoir longtemps travaillé en Israël, Salem et de nombreux autres hommes d’Umm al-Khair ne peuvent désormais plus le faire. Après le 7 octobre, Netanyahou a annulé les permis d’entrée d’environ 115 000 Palestiniens qui franchissaient quotidiennement la frontière depuis la Cisjordanie pour travailler. À la fin de 2025, l’ONU rapportait que 14 Palestiniens tentant de traverser illégalement avaient été abattus par les forces de sécurité. « Je suis très triste, me dit Salem fin juillet. L’avenir est sombre. »
Comme pour lui donner raison, la propriété de Salem est depuis devenue un champ de bataille clé dans l’escalade des efforts des colons pour étendre leur contrôle territorial. Un incident auquel j’ai assisté en temps réel samedi dernier a été sans effusion de sang, comparé aux nombreux actes quotidiens de violence de colons ailleurs en Cisjordanie. Mais il a clairement illustré ce qu’une femme de Carmel avait déclaré à France 24 en octobre dernier à propos de l’attitude des habitants de la colonie envers Umm al-Khair : « Les caravanes [de l’avant-poste] servent à leur rappeler que nous sommes ici, que nous surveillons tout ce qui se passe dans le village. Cela les repoussera loin de la colonie et, petit à petit, nous récupérerons la terre. »
L’incursion de samedi a commencé de manière assez banale : un groupe d’enfants et d’adolescents colons a forcé l’entrée du terrain de football du village où jouaient leurs homologues palestiniens. Ils ont saisi le ballon et ont couru avec pendant une vingtaine de minutes, sous le regard impassible d’adultes de la colonie. Finalement, un colon adulte corpulent, en short et armé d’un fusil d’assaut, a rappelé à l’ordre le meneur adolescent, pour ensuite suivre la bande croissante de colons israéliens — jeunes et adultes — vers la maison de Salem, dans ce qui ressemblait clairement à une sortie planifiée à l’avance. Le groupe d’adolescents s’est rendu sur les terres de Salem et a commencé à arracher la clôture séparant sa maison de la route principale traversant le village, tandis que les Palestiniens tentaient de la protéger.
Bien entendu, les colons ont leur propre version de l’histoire. Selon Regavim, le groupe de plaidoyer cofondé par Smotrich, les habitants d’Umm al-Khair « squattent » des terres appartenant à Carmel. « Ce n’est pas un village. C’est un avant-poste illégal », me dit Naomi Kahn, de Regavim. Elle ajoute que la Cisjordanie ne peut être considérée comme occupée parce qu’elle n’a été le « territoire souverain » d’aucun autre État — y compris la Jordanie, qui l’a occupée après la guerre de 1948 — depuis l’Empire ottoman.
Cet argument pose toutefois plusieurs problèmes, à commencer par l’avis rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de justice (CIJ), selon lequel les colonies sont illégales et les États membres ont le devoir de ne pas prêter assistance à l’occupation. À l’époque, Netanyahou avait réagi en déclarant que « le peuple juif n’est pas un occupant sur sa propre terre — ni dans notre capitale éternelle Jérusalem, ni dans notre héritage ancestral de Judée et Samarie [Cisjordanie] ». Sa déclaration allait à l’encontre de la position de longue date de la plupart des gouvernements démocratiques — dont celui du Royaume-Uni — selon laquelle les territoires occupés ne sont pas la terre propre d’Israël. Mais elle omettait aussi les contradictions de l’application du droit interne israélien lorsqu’il s’agit d’étendre les colonies.
La raison officiellement avancée pour justifier les ordres militaires de démolition visant des villages comme Umm al-Khair est qu’ils ont été construits sans permis délivrés par l’État israélien. Or 98 % des demandes palestiniennes de permis dans la zone C — la zone définie par les accords d’Oslo qui couvre 60 % de la Cisjordanie (dont Umm al-Khair), où Israël exerce un contrôle sécuritaire et civil total et où les colonies se sont historiquement implantées — sont au contraire rejetées.
Aussi expéditif soit-il pour les Israéliens, le système de permis ne peut toutefois suivre le rythme de l’expansion des colonies. Les caravanes de colons à Umm al-Khair ont été construites sans permis ; le tribunal de district de Jérusalem a d’ailleurs statué en octobre dernier que leur construction devait cesser et que les caravanes existantes devaient rester vides. Juridiquement irréprochable, cette décision s’est révélée aussi fragile qu’elle était rare dans le climat politique israélien actuel. La nuit même où elle a été rendue, les colons ont accéléré la construction et fait emménager des familles dans les caravanes existantes. Face à une demande ultérieure d’exécution, le même tribunal a révoqué son ordonnance initiale.
L’écart entre le niveau de vie des colons et celui des villages palestiniens est saisissant. Carmel dispose d’électricité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec des lignes électriques qui traversent Umm al-Khair pour alimenter les poulaillers industriels rentables de la colonie, tandis que le village dépend de panneaux solaires — efficaces en été, beaucoup moins en hiver. De même, les habitants et le bétail d’Umm al-Khair dépendent entièrement de sept heures d’accès par semaine au réseau d’eau pour remplir les réservoirs collectifs, m’explique Khalil Hathaleen. Les dispensaires les plus proches se trouvent à Hébron ou dans la ville très pauvre de Yatta. Respectivement situés à seulement 16 et 9,5 km à vol d’oiseau, ils nécessitent des trajets bien plus longs et sinueux en raison des checkpoints et des fermetures de routes — et à condition que le portail du village, contrôlé par l’armée, soit ouvert. En avril, des enfants empruntant un sentier bien tracé pour se rendre à l’école ont constaté qu’il avait été bloqué par du fil barbelé rasoir, que l’armée n’a rien fait pour retirer. Désormais, les enfants doivent s’entasser dans quelques voitures, lorsqu’il y en a, pour emprunter une route détournée vers l’école.
Un facteur essentiel de la survie — jusqu’à présent — d’Umm al-Khair et d’autres villages menacés de Masafer Yatta a été la présence d’activistes israéliens et internationaux, le plus souvent juifs usaméricains, qui pratiquent ce qu’on appelle la « présence protectrice ». Ces militants restent souvent pendant de longues périodes pour documenter les incursions de colons et s’y opposer physiquement, au risque parfois d’être blessés.
« Nous n’avons plus de terres. Maintenant, nous essayons de protéger nos maisons »
Lors de l’incident dont j’ai été témoin samedi dernier, Finn Joughin, 22 ans, étudiant britannique à la London School of Economics, avait rejoint Khalil Hathaleen et d’autres habitants qui tentaient d’empêcher — avec une maîtrise acquise par l’expérience — les jeunes colons de détruire la clôture près de la maison de Salem. Joughin a été saisi par le même colon adulte armé qui semblait avoir autorité sur les adolescents au terrain de football et a été « kidnappé », selon les termes de l’avocate israélienne des droits humains Inbar Shaked Vardi. Plusieurs colons adultes l’ont traîné vers les caravanes de l’avant-poste, où il a été retenu jusqu’à l’arrivée de la police, qui l’a arrêté. Les colons ont accusé Joughin d’avoir agressé l’un des enfants — ce que les images vidéo rendaient manifestement invraisemblable. Alors qu’il bloquait de son corps l’un des jeunes colons, Joughin tenait la clôture d’une main et tentait de filmer la mêlée avec son téléphone de l’autre. Pour les colons, toutefois, la détention probablement illégale de Joughin a peut-être produit le résultat recherché : au lieu d’être inculpé, le militant a été expulsé deux jours plus tard.
Ta’ayush, mouvement bénévole opposé à l’occupation, a été pionnier de la « présence protectrice ». L’un de ses fondateurs historiques, Amiel Vardi, maître de conférences en lettres classiques à l’Université hébraïque, a été arrêté à de nombreuses reprises en Cisjordanie au fil des ans. En 2002, il a été blessé par des tirs de colons alors qu’il aidait des agriculteurs à récolter les olives. Selon lui, la bataille pour protéger les terres palestiniennes est de plus en plus perdue. Un ami palestinien lui a dit : « Autrefois, nous essayions de protéger nos terres. Nous n’avons plus de terres. Maintenant, nous essayons de protéger nos maisons. »

Vardi affirme que, depuis le 7 octobre, « personne ne cherche plus à dissimuler la collaboration complète des autorités avec l’idéologie et le programme des colons. Et il existe un programme… ouvertement énoncé par des gens comme Smotrich, qui consiste à se débarrasser des Palestiniens partout où ils se trouvent, même si c’est contraire à la loi ». Smotrich étant désormais chargé des affaires civiles en Cisjordanie et le ministre de la Sécurité nationale, tout aussi extrémiste, Itamar Ben-Gvir, de la police, Vardi estime que « tout le système » s’aligne de plus en plus sur les objectifs annexionnistes et que « de plus en plus de soldats, à tous les grades, sont soit eux-mêmes des colons, soit partagent leur idéologie ».
Après le 7 octobre, environ 5 500 colons ont effectivement été incorporés dans des bataillons de défense régionale pour servir en Cisjordanie, en remplacement de soldats appelés sur d’autres fronts. Selon OFEK: The Israeli Center for Public Affairs, favorable à la solution à deux États, cela crée « une occasion pour des colons violents d’intimider les mêmes communautés qu’ils attaquaient en tant que civils, mais désormais avec une juridiction militaire ».
Smotrich a déclaré explicitement en février que, lors du « prochain mandat » — autrement dit, s’il reste en fonction après les élections d’octobre — il faudra « enfin… annuler les maudits accords d’Oslo et s’engager sur la voie de la souveraineté tout en encourageant la migration [palestinienne] à la fois depuis Gaza et depuis la Judée et Samarie [Cisjordanie]. Il n’y a pas d’autre solution à long terme. »
Le processus semble déjà engagé. Outre les exactions quotidiennes des colons, la pression chronique en faveur d’une telle « migration » est aggravée par l’interdiction faite aux travailleurs palestiniens de Cisjordanie d’entrer en Israël, par la rétention punitive, par l’État israélien, des impôts dus à l’Autorité palestinienne (AP) et par le démantèlement de l’économie pastorale de Cisjordanie.
La référence de Smotrich à Oslo était également significative. En vertu de ces accords vieux de 33 ans, le gouvernement israélien n’autorisait la colonisation qu’en zone C. La zone A, en revanche, qui comprend les principales villes palestiniennes, relève de l’AP, bien qu’elle demeure sous domination militaire israélienne. (Dans la zone B, où la responsabilité est censée être partagée entre Israël et l’AP, les colons ont désormais établi plus de 20 avant-postes.)
Non seulement les colonies étaient interdites en zone A (18 % du territoire), mais les civils israéliens ont légalement interdiction d’y entrer. Pourtant, dans une décision sans précédent le mois dernier, le chef du Commandement central de Tsahal a autorisé la saisie de terres de la zone A pour une route reliant de nouvelles colonies dans le nord de la Cisjordanie, au sud de Jénine. Un mois après le début de la guerre en 2023, j’étais à Naplouse pour Prospect et un important militant local du Fatah m’avait dit qu’il pensait voir des colons israéliens à l’intérieur de la ville d’ici cinq ans. Je l’avais cité, sans vraiment le croire. Sa prédiction paraît aujourd’hui beaucoup plus plausible.
Tout cela pose la question des mesures supplémentaires que la communauté internationale est prête à prendre pour soutenir la solution à deux États, que le gouvernement Netanyahou rejette catégoriquement et que les transformations sur le terrain visent précisément à empêcher. La déclaration ferme d’Ed Miliband, le 1er septembre, annonçant un « réexamen complet » de la politique sur les territoires occupés semble marquer un net durcissement de l’approche britannique envers le soutien du gouvernement israélien à la colonisation de la Cisjordanie, ainsi qu’envers la violence qui la sous-tend. Une annonce est attendue début septembre sur des sanctions limitant le commerce et l’activité économique avec les colonies.
Reste à savoir si cela suffira à atténuer les pressions chroniques exercées sur les Palestiniens de Masafer Yatta. « Je ne sais pas combien de temps nous pourrons encore repousser l’expulsion de la population ici, dit Vardi. La pression internationale est la seule chose qui puisse peut-être changer la situation. »
L’insécurité à Umm al-Khair s’est aggravée depuis la mi-juillet à la suite d’événements survenus à proximité, dans Masafer Yatta. Plusieurs Palestiniens ont été blessés lors d’attaques de colons à At-Tuwani, où une mosquée a été incendiée ; à Tuba, où des maisons ont été brûlées ; et à Mnizel, où plus de 200 moutons ont été volés lors de deux raids distincts. De tels incidents — et souvent bien pires — se répètent désormais chaque jour à un endroit ou un autre de la Cisjordanie.

Puis, le 2 septembre, les forces israéliennes ont soudainement démoli presque tout Khirbet al-Tabban, un hameau situé à seulement 12 km d’Umm al-Khair, déplaçant ses 70 habitants, dont des enfants. Khirbet al-Tabban se trouvait dans la « zone de tir 918 », une partie de Masafer Yatta officiellement réservée à l’entraînement de Tsahal, et faisait partie des huit villages dont l’expulsion planifiée avait été validée par une décision de la Cour suprême israélienne en 2022. Pourtant, l’armée n’a rien fait pour démanteler les 10 avant-postes de colonies israéliennes établis dans cette même zone. Et si Umm al-Khair borde la zone sans se trouver à l’intérieur, la démolition du village voisin rappelle brutalement que les ordres de démolition peuvent être non seulement émis, mais aussi exécutés.
Un autre militant israélien, Itai Feitelson, 31 ans, reconnaît que les Israéliens peuvent documenter les attaques, mettre les Palestiniens en relation avec des avocats et des fonctionnaires, ou parfois obtenir qu’ils soient entendus par la police. « Au bout du compte, [les Palestiniens] se protègent davantage eux-mêmes et parfois ils nous protègent. Si ces communautés existent encore, c’est parce qu’elles sont incroyablement fortes », dit-il, ajoutant qu’« il y a une limite à ce que même une communauté très forte peut faire » sans « un grand changement ». Il ne pense pas que celui-ci viendra de l’intérieur d’Israël, même avec un nouveau gouvernement après les élections d’octobre.
À Umm al-Khair, les habitants estiment que les colons ont été enhardis par une décision inquiétante du gouvernement israélien prise en août : reclasser en terres « à étudier » la majeure partie de la section du village jusqu’alors reconnue comme propriété privée palestinienne — une sorte d’étape intermédiaire avant de la classer terre d’État et de l’attribuer aux colons. Ils pensent également que si Umm al-Khair, qui bénéficie d’un soutien extérieur et d’une attention considérables, surtout depuis la mort d’Awdah Hathaleen, tombe aux mains des colons, la majeure partie de Masafer Yatta tombera elle aussi.
De retour devant la maison partiellement démolie de son fils à Umm al-Khair, Fatima Hathaleen estime que ni une AP faible — dont l’autorité ne s’exerce de toute façon pas en zone C — ni les militants étrangers ne pourront les sauver.
« Nous n’avons que Dieu », dit-elle, avant de corriger doucement l’explication de sa belle-fille selon laquelle les colons de Carmel cherchaient à transformer les environs immédiats en une vaste colonie. « Ils ne veulent pas seulement nous chasser d’ici, dit-elle. Ils veulent nous chasser de Palestine. »
Donald Macintyre (1947) est un journaliste et auteur britannique chevronné, surtout connu pour avoir été chef du bureau de Jérusalem de The Independent de 2004 à 2012. Auteur de Gaza: Preparing for Dawn (Oneworld, 2017).





