Comment une opération secrète de la DEA a fait dérailler le processus de paix colombien
Les USA affirment que Nicolás Maduro a soutenu des groupes « narcoterroristes ». L’un d’entre eux a été créé par Washington
José Olivares, The Intercept/Drop Site News, 28 mai 2026
Traduit par Tlaxcala
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Lorsque l’administration Trump a lancé son opération de bombardements en janvier, pour capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro, elle l’a formellement accusé de trafic de drogue dans le but d’enrichir sept organisations désignées par les USA comme terroristes, dont le Cartel de Sinaloa du Mexique, l’Armée de libération nationale (ELN) colombienne et un groupe insurgé peu connu : la Seconde Marquetalia.
Mais la Seconde Marquetalia, un groupe de militants colombiens basé à la frontière avec le Venezuela, a une histoire unique : elle a été créée grâce à une opération du gouvernement usaméricain.

Fondée en 2019 par d’anciens dirigeants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la Seconde Marquetalia est née d’une opération secrète de l’Agence de contrôle des drogues (DEA) du gouvernement usaméricain, qui a fait dérailler le processus de paix colombien, poussant un négociateur clé des FARC vers le trafic de drogue et le retour dans la jungle, et finalement dans les bras du gouvernement vénézuélien.
Dans une manœuvre similaire aux désastreuses politiques usaméricaines en Amérique latine pendant des décennies, les actions de la Seconde Marquetalia ont été utilisées, en partie, pour justifier l’incursion de militaires usaméricains à Caracas en janvier de cette année. L’opération a laissé au moins 47 Vénézuéliens et 32 Cubains morts — membres de l’équipe de sécurité du président — et a abouti à la détention de Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Le président vénézuélien se trouve dans une prison fédérale à Brooklyn, en attente d’un procès devant un tribunal fédéral à Manhattan.
Au cours de l’année écoulée, l’administration Trump a mené des opérations antidrogue agressives à des fins politiques, intensifiant la guerre contre la drogue par l’engagement des forces armées usaméricaines. En désignant plusieurs groupes criminels comme organisations « terroristes », le gouvernement a justifié des attaques militaires contre de petits navires prétendument utilisés pour le trafic de drogue, utilisant la sécurité nationale comme argument pour commettre ce qui constitue essentiellement des exécutions extrajudiciaires en mer. Au moins 190 personnes sont mortes dans ces attaques, y compris des pêcheurs apparemment non impliqués dans des activités de trafic de drogue.
Le gouvernement Trump a également utilisé des accusations de trafic de drogue pour attaquer des adversaires politiques comme Maduro. En mars, le New York Times a rapporté que le département de la Justice des USA enquêtait sur le président colombien Gustavo Petro, qui entretient une relation complexe avec le gouvernement Trump, pour des liens présumés avec le trafic de drogue. En octobre dernier, le gouvernement usaméricain a sanctionné Petro, son épouse, son fils et le ministre de l’Intérieur pour avoir « inondé les USA et empoisonné les Américains » avec de la cocaïne colombienne, selon le secrétaire au Trésor, Scott Bessent.
« Le président Petro a permis aux cartels de la drogue de prospérer et a refusé de stopper cette activité », a ajouté Bessent.
L’histoire de la façon dont une bataille opportuniste, dans la guerre étendue contre la drogue aux USA, a donné naissance à la Seconde Marquetalia n’a jamais été entièrement racontée. Cependant, une enquête de Drop Site et d’Intercept Brasil révèle comment une opération secrète de la DEA a ciblé un dirigeant des FARC et négociateur de la paix, connu sous le nom de Jesús Santrich.
Santrich avait signé les accords de paix, acceptant de déposer les armes et de devenir député colombien. Mais lorsque les USA ont demandé son extradition, malgré la fragilité de l’accord de paix colombien, Santrich a abandonné la vie civile et lancé la Seconde Marquetalia.
« Cette affaire a créé la Seconde Marquetalia », dit Elizabeth Dickinson, directrice des programmes pour l’Amérique latine et les Caraïbes de l’organisation International Crisis Group.
L’affaire Santrich illustre la stratégie du département de la Justice consistant à monter des affaires antodrogue très médiatisées, malgré les graves conséquences politiques qu’elles peuvent engendrer dans d’autres pays. La raison de l’opération de la DEA pour arrêter Santrich n’est pas tout à fait claire, mais certains Colombiens ont accusé les USA de chauvinisme et d’ingérence politique dans cette affaire.
Notre enquête s’appuie sur des centaines de pages de dossiers judiciaires et policiers usaméricains ; un rapport de la Commission pour la clarification de la vérité, la coexistence et la non-répétition de Colombie, un organisme créé dans le cadre du processus de paix pour enquêter sur les violations des droits humains ; une plainte judiciaire colombienne ; une enquête des Nations Unies ; des documents d’extradition colombiens ; et de multiples entretiens avec l’un des coaccusés de Santrich, Armando Gómez, qui a été la cible de l’opération secrète et qui a récemment purgé une peine de dix ans dans une prison fédérale d’Atlanta.
Le département de la Justice n’a pas voulu commenter cette enquête. Il a transmis toutes nos questions à la DEA, qui n’a pas répondu à notre demande.
Parmi les conclusions de l’enquête de Drop Site et d’Intercept Brasil figurent les suivantes :
Les négociations pour le trafic de cocaïne qui ont conduit à l’arrestation de Santrich ont été initiées par un informateur de la DEA qui travaillait pour l’agence depuis des années. Ses actions étaient dirigées par des agents spéciaux à Miami et Bogotá.
Tout l’argent impliqué dans la prétendue affaire de drogue, y compris des millions de dollars en faux billets, a été fourni par le gouvernement usaméricain. Les cinq kilos de cocaïne échangés pendant l’opération ont été fournis par un individu ayant des liens très limités avec les FARC, et qui est maintenant un témoin protégé du département de la Justice des USA.
Santrich n’a été que tangentiellement impliqué dans cet accord sur la drogue, après que les informateurs de la DEA l’ont poussé à organiser une réunion. Santrich a été une cible de l’opération malgré sa participation à seulement deux réunions pendant les neuf mois qu’a duré l’opération secrète. Ces deux réunions ont eu lieu après que la cocaïne avait déjà été échangée.
Pendant la première administration Trump, le département d’État a refusé à plusieurs reprises de coopérer avec les tribunaux colombiens. Les USA ont rejeté les demandes colombiennes de fournir des preuves plus solides contre Santrich, afin que les tribunaux puissent déterminer s’il pouvait être légalement extradé vers les USA.
L’opération a affaibli les accords de paix, a contribué à la création de la Seconde Marquetalia et a donné lieu à une enquête des Nations Unies. L’enquête de l’ONU a conclu que l’opération avait pu être dirigée par un « agent provocateur », bien que l’organisation ne l’ait pas explicitement identifié comme informateur de la DEA.

Connexion Cocaïne
L’histoire de l’origine de la Seconde Marquetalia remonte à novembre 2017, lorsqu’un représentant d’un cartel mexicain s’est assis tranquillement dans le hall d’un hôtel à Bogotá, attendant une livraison de cocaïne.
Le Mexicain, un homme charismatique connu de ses associés sous le nom de Marco Aurelio García Weinberg, avait une quarantaine d’années. Il était bien rasé et avait les cheveux courts. Pendant plusieurs mois, lui et un associé — affirmant tous deux être des représentants du Cartel de Sinaloa du Mexique — avaient négocié avec un groupe de Colombiens un accord pour faire passer une quantité massive de cocaïne. Ce jour-là, Marco était sur le point de recevoir un échantillon de cinq kilogrammes de ce que les Colombiens avaient promis être la cocaïne « la plus pure », selon des documents du département de la Justice. Si la qualité s’avérait être celle attendue et que son transport vers les USA réussissait, les trafiquants mexicains continueraient à négocier un accord multimilliardaire sur la cocaïne. Ils n’étaient qu’à quelques pas de faire passer 10 000 kilos vers l’Amérique du Nord et l’Europe.
Les portes automatiques en verre de l’hôtel se sont ouvertes et Armando Gómez est entré d’un pas hésitant dans le hall. L’homme d’affaires colombien, mesurant 1,70 mètre et âgé de 69 ans, portait des lunettes, une cravate jaune et une veste de costume bleu marine. De son épaule pendait un sac à dos marron rempli de cocaïne.
« Je suis arrivé, je suis entré dans l’hôtel et je l’ai vu assis dans un fauteuil », a raconté Gómez à Drop Site News et Intercept Brasil dans une série d’entretiens accordés depuis la FCI Atlanta, la prison fédérale de sécurité minimale où il a été détenu jusqu’à sa libération en avril. Il s’est approché de Marco et a laissé tomber le sac par terre, devant lui. « Je lui ai dit : “Bonjour, voilà, pas de problème,” et je suis parti. J’avais d’autres réunions. »
Marco a emporté le sac dans une chambre d’hôtel et a examiné la marchandise. Satisfaits, lui et son associé du cartel ont appelé Gómez et deux autres hommes d’affaires colombiens pour leur dire qu’ils souhaitaient poursuivre l’affaire des 10 tonnes, d’une valeur de 15 millions de dollars. Cependant, les Mexicains ont imposé une condition : ils voulaient la « bénédiction » de Santrich — l’ex-dirigeant des FARC — avant de procéder.
C’était un moment délicat pour Santrich : il était sur le point de faire son entrée dans la politique conventionnelle et, lorsqu’il avait signé les accords de paix de la Colombie en 2016 avec son allié le plus proche — Luciano Marín Arango, plus connu sous son nom de guerre Iván Márquez —, ils s’étaient engagés à s’abstenir de toute activité criminelle.
Néanmoins, le lendemain, les Mexicains ont réussi à obtenir une rencontre en personne avec Santrich. L’idéologue des FARC — un homme d’âge moyen et malvoyant — leur a donné le feu vert pour poursuivre l’affaire de la cocaïne, mais leur a précisé qu’il ne pouvait pas s’impliquer personnellement en raison du rôle qu’il jouait dans le processus de paix ; cela est consigné dans un document du département de la Justice.
Ce que Santrich ignorait, cependant, c’était que les deux hommes mexicains étaient en réalité des informateurs clandestins de la DEA. Ces informateurs — qui faisaient partie d’une opération secrète binationale — enregistraient secrètement leurs rencontres, tandis que le procureur général de la Nation de Colombie —à l’époque Néstor Humberto Martínez, un allié des USA — avait intercepté les lignes téléphoniques de certains des Colombiens.
« Tout indique une sorte de piège», dit Adam Isacson, directeur de la surveillance de la défense au Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA). « Si tu te sentais déjà extrêmement paranoïaque quant à savoir si le gouvernement respecterait ou non ton statut d’ex-guérillero démobilisé, [l’opération] aurait sans aucun doute été la goutte d’eau faisant déborder le vase, te poussant à reprendre les armes. »
Les dix tonnes de cocaïne ne se sont jamais matérialisées. Mais l’échantillon de cinq kilos obtenu à l’hôtel et les heures de conversations enregistrées ont suffi à obtenir une accusation formelle fédérale imputant à Santrich, Gómez, deux autres Colombiens et un citoyen usaméricain le crime de conspiration en vue de trafiquer cette énorme quantité de cocaïne. En avril 2018, les autorités colombiennes ont arrêté Santrich et les autres suspects colombiens.
Le département de la Justice de Trump a félicité la DEA et a publiquement remercié le procureur général de Colombie pour son travail acharné dans cette « importante opération policière ». En Colombie, la nouvelle de l’arrestation de Santrich a fait la une de tous les journaux et des écrans de télévision. Les accusations contre l’ex-futur député n’ont fait que confirmer l’hystérie de la droite autour de l’accord de paix : les membres des FARC étaient des criminels en qui on ne pouvait pas avoir confiance. Le conflit de longue date, l’intervention des USA dans la région et la guerre contre la drogue devaient continuer.

La Violence
En 1948, avant l’existence des FARC, le conflit entre les partis politiques libéral et conservateur de Colombie a plongé le pays dans la violence. Au milieu de la guerre civile, des forces de guérilla et d’autodéfense paysanne sont apparues dans les zones rurales pour combattre les groupes de droite. Cette période, connue sous le nom de « La Violence », s’est achevée 10 ans plus tard ; cependant, les groupes de guérilla de gauche — inspirés en partie par la Révolution cubaine — ont poursuivi leur combat, établissant une petite enclave autonome dans le sud-ouest de la Colombie qu’ils ont appelée la République de Marquetalia. Par la suite, l’armée colombienne a envahi la région, donnant le coup d’envoi d’une période de répression anticommuniste.
Les FARC, fondées en 1964 à partir des vestiges de ce conflit, ont promu un programme de réforme agraire destiné aux zones rurales appauvries. Pendant cinq décennies, les forces militaires colombiennes — soutenues par les USA — et les groupes paramilitaires de droite ont mené une bataille contre diverses guérillas de gauche, y compris les FARC. Plus de 200 000 Colombiens y ont perdu la vie et plus de 10 millions ont été déplacés.
Seuxis Paucias Hernández Solarte a rejoint les FARC jeune, en 1991, après avoir consacré des années à l’organisation étudiante et au militantisme politique de gauche ; avec le temps, il est monté jusqu’à devenir membre de leur haut commandement central. Il a adopté le nom de guerre « Jesús Santrich » en l’honneur d’un ami — un dirigeant étudiant — qui avait été assassiné par des agents de l’État. Ce guérillero, qui portait toujours des lunettes de soleil et un kefieh, est devenu l’un des dirigeants les plus visibles des FARC, prononçant des discours enflammés, déclarant sa loyauté envers les dirigeants du Venezuela et de Cuba et, selon les rapports, dirigeant les campagnes de propagande de l’organisation.
Tout au long du XXe siècle, le gouvernement colombien — avec le soutien des USA — a également intensifié sa lutte contre le trafic de cocaïne. Dans les années 1990, la Colombie et les USA ont entrepris le démantèlement des principaux cartels et groupes criminels qui contrôlaient le commerce de la cocaïne ; les guérillas de gauche et les groupes paramilitaires de droite se sont empressés d’occuper le vide de pouvoir résultant. La majeure partie de la cocaïne qui circule dans le monde provient de Colombie, et les FARC étaient responsables du trafic de grandes quantités de cette substance. Les différents groupes militants du pays se sont associés à des organisations criminelles du monde entier — y compris les cartels mexicains — pour vendre de la drogue, utilisant les bénéfices pour financer leur lutte politique. En 1997, le gouvernement des USA a désigné les FARC comme une organisation terroriste étrangère.
Deux ans plus tard, les USA et la Colombie ont lancé un accord de sécurité connu sous le nom de Plan Colombie, dont l’objectif était d’éradiquer le trafic de drogue et la violence dans le pays. Cette collaboration s’est intensifiée considérablement pendant la « guerre contre le terrorisme », moment où le gouvernement usaméricain a fourni davantage de fonds aux forces de sécurité colombiennes, qui ont ensuite été accusées de commettre des crimes de guerre. Washington a également intensifié les opérations secrètes de la CIA et de la NSA pour traquer secrètement les rebelles de gauche.
Cependant, le Plan Colombie n’a fait qu’aviver le conflit colombien. Après son élection en 2002, le président colombien de droite, Álvaro Uribe, a ordonné aux forces militaires d’employer des mesures de plus en plus violentes pour éradiquer ce qu’il appelait le « narcoterrorisme ». Les FARC et les groupes paramilitaires de droite ont suivi le même chemin.
Le département de la Justice des USA soutient qu’au début des années 2000, Santrich et son allié Iván Márquez cultivaient de la coca dans des fermes situées en Colombie et au Venezuela. Il les accuse d’avoir collaboré à l’établissement d’un campement des FARC pour la transformation de cocaïne en 2003, en échange d’un paiement de 300 000 dollars provenant d’un associé lié au « Cartel des Soleils », un groupe criminel prétendument composé de hauts fonctionnaires vénézuéliens et que les USA ont récemment désigné comme organisation terroriste. Divers experts ont remis en question les affirmations des USA concernant le Cartel des Soleils, suggérant qu’elles pourraient être exagérées.
En 2012, le président colombien Juan Manuel Santos a commencé à explorer la possibilité d’engager des pourparlers de paix avec les FARC. L’équipe négociatrice des FARC comprenait Santrich et Márquez, qui ont adopté une position de ligne dure, plaidant pour une réduction progressive de leur armement plutôt qu’un désarmement immédiat. Cette position a placé Santrich et Márquez en désaccord avec d’autres négociateurs des FARC qui, encore aujourd’hui, continuent de participer à la politique conventionnelle colombienne.
Santrich, en particulier, est devenu célèbre à la fois pour ses longues années de lutte armée et pour son arrogance, et il a été une figure largement détestée pendant les négociations de paix. Une fois, un journaliste lui a demandé si les FARC rendraient des comptes à leurs victimes ; en guise de réponse, Santrich a entonné sarcastiquement en espagnol : « Quizás, quizás, quizás » [« Peut-être, peut-être, peut-être »].

La bénédiction
La DEA opère en Colombie avec peu de supervision. Les postes dans son bureau de Bogotá sont très convoités, mais le travail de l’agence dans ce pays a été entaché par des accusations de corruption. En 2015, plusieurs agents ont été accusés d’avoir participé à des « fêtes sexuelles » financées par des organisations de trafic de drogue et d’avoir accepté des armes de groupes paramilitaires. Et en 2021, un ancien agent a été condamné pour avoir conspiré à blanchir de l’argent pour un cartel colombien.
L’informateur de la DEA qui a ciblé Santrich est une figure insaisissable. Drop Site et Intercept Brasil n’ont pas réussi à déterminer sa véritable identité. Il n’y a que trois choses sûres : il s’appelait « Marco », il disait être mexicain et il était informateur de la DEA depuis 1996.
Le premier contact de Marco en Colombie a été Armando Gómez, un homme d’affaires bien connu de Bogotá. Dans de multiples entretiens, Gómez a expliqué comment il a rencontré Marco par l’intermédiaire d’un contact professionnel en 2017. Au début, Marco s’est présenté comme un riche Mexicain cherchant des partenaires commerciaux en Amérique du Sud pour vendre et échanger des artéfacts précolombiens. Marco a embauché Gómez pour agir comme son facilitateur en Colombie.
« J’étais un subordonné, embauché par Marco pour qu’on ne le trompe pas et qu’il n’ait pas de problèmes de sécurité », a raconté Gómez. « Aujourd’hui, je suis convaincu qu’il s’agissait d’un “charmeur de serpents”, comme on dit. »
Ce n’est qu’au milieu de l’année 2017, selon Gómez, que Marco — que les documents judiciaires usaméricains identifient uniquement comme « Source confidentielle 1 » — lui a avoué qu’il était un agent du Cartel de Sinaloa cherchant à établir des contacts avec des membres des FARC pour conclure un accord de trafic de cocaïne. Il voulait l’aide de Gómez.
Tout au long de l’opération, les actions de Marco ont été dirigées par des fonctionnaires usaméricains, selon un document de la DEA présenté aux autorités colombiennes dans le cadre d’une demande d’extradition de l’un des Colombiens impliqués dans l’affaire de la cocaïne.
Gómez a présenté Marco à Fabio Simon Younes Arboleda, un homme d’affaires colombien de 71 ans. Younes Arboleda, à son tour, a mis en relation l’informateur clandestin de la DEA — Marco — avec son contact au sein des FARC : un personnage trouble nommé Marlon Marín, qui finirait par jouer un rôle central dans l’opération. Bien que lui-même ne soit pas membre des FARC, Marín est le neveu de Márquez.
Lors de leur première rencontre, Marco a proposé d’acheter de la cocaïne pour la vendre à Miami ou au Canada, selon un document du gouvernement usaméricain. Marín a assuré à l’informateur qu’il pouvait obtenir de la cocaïne pure et de haute qualité.
Marín — une figure périphérique qui était déjà sous enquête en Colombie pour avoir tenté d’escroquer l’État — a essayé de se donner un genre dur, exagérant l’importance de son lien avec les FARC, comme le souligne le rapport de la Commission de la vérité de Colombie. Alors que les hommes continuaient de négocier, Marco a insisté pour rencontrer Santrich et Márquez.
En août 2017, après beaucoup d’insistance, Marco et un autre informateur de la DEA ont finalement réussi à contacter Santrich, échangeant des politesses lors d’un bref appel téléphonique facilité par Gómez. Santrich a dit aux Mexicains que « des progrès ont été réalisés vers des horizons positifs et favorables », selon les enregistrements du département de la Justice.
Fin septembre, Marco et l’autre informateur de la DEA ont payé à Gómez, Younes Arboleda et Marín 8 000 dollars pour la livraison d’un échantillon de cinq kilogrammes de cocaïne, afin de sceller leur alliance. Le 1er novembre 2017, Marín a envoyé Gómez chercher un sac à dos marron contenant les cinq kilos de drogue, qu’il devait recevoir d’un des contacts de Marín. L’échange, effectué dans un hôtel de Bogotá, a été surveillé par le procureur général de la Nation de Colombie, selon des documents auxquels le journaliste colombien Edinson Bolaños a eu accès.
Lors de la réunion qu’ils ont eue le lendemain, Santrich a assuré aux Mexicains que « si quelque chose allait mal dans l’affaire, les FARC assumeraient la responsabilité », selon les dossiers judiciaires usaméricains. À la fin de la rencontre, Santrich a réalisé et signé un croquis, accompagné d’un message : « Pour Don Rafa Caro, avec appréciation et espoir de paix. »
Rafael « Rafa » Caro Quintero, l’un des fondateurs du Cartel de Guadalajara, figurait comme l’un des barons mexicains les plus recherchés pour son rôle présumé dans l’assassinat de l’agent de la DEA Kiki Camarena. (À l’époque, Quintero était en fuite. Il a été arrêté par les autorités mexicaines en 2017 et extradé vers les USA l’année dernière. Tout comme Maduro, il est actuellement détenu au Metropolitan Detention Center de Brooklyn, en attente de son procès). Plus tard, Santrich a déclaré qu’il croyait que Caro Quintero était un homme d’affaires mexicain intéressé à soutenir le processus de paix colombien et les projets liés à celui-ci.
Marín a également présenté les informateurs mexicains de la DEA à Vincent Schifano, un homme d’affaires de Miami de 62 ans qui soumissionnait pour un projet d’oléoduc en Colombie. Schifano a communiqué aux informateurs qu’il blanchirait leurs millions de dollars provenant de la cocaïne par le biais du projet pétrolier, ajoutant qu’il « blanchissait de l’argent depuis 20 ans : pour les Italiens, pour les Russes et, maintenant, pour les FARC », selon la déclaration d’un agent de la DEA incluse dans les dossiers judiciaires.
Marín et les sources de la DEA ont rencontré à nouveau Santrich en février 2018. Dans une vidéo de la réunion, diffusée ultérieurement par le procureur général de Colombie, on voit Santrich assis à une table avec Marín et une source de la DEA, dont le visage est pixellisé. Après avoir examiné une capture d’écran de la vidéo — envoyée par Drop Site et Intercept Brasil —, Gómez a identifié l’homme qui apparaît sur les images comme étant Marco. L’autre informateur de la DEA a enregistré la réunion en secret, apparemment en utilisant un vapoteur ou un autre dispositif de cigarette électronique, équipé d’une caméra cachée.
« C’est à vous de vous en occuper pour qu’il n’y ait pas de problème », dit Santrich aux informateurs mexicains de la DEA. « Parce que je ne peux pas m’en occuper, je suis coincé ici. C’est pour ça que vous devez organiser le calendrier [inaudible], les assurances et les procédures, et tout ça. »
Santrich marqua une pause tandis que les hommes autour de la table le fixaient, comme s’ils s’attendaient à ce qu’il en dise plus. « Je m’excuse de vous traiter ainsi, alors… »
« Non, non, non, non », intervient Marco. « C’est la situation. » Après avoir interrogé Marín sur le calendrier de la livraison de drogue, il se tourne à nouveau vers Santrich. « Pouvez-vous nous donner votre feu vert pour qu’on puisse s’y atteler ? »
« Eh bien, c’est bon, messieurs », soupire Santrich.
Un jour plus tard, Marco s’est envolé pour la Floride afin de rencontrer Schifano, l’USAméricain qui devait blanchir l’argent pour le groupe. Lui et un agent clandestin ont remis à Schifano les clés d’une voiture qui contenait dans le coffre 5 millions de dollars en faux billets. Alors que Schifano repartait au volant, il a été intercepté par la police locale, qui a saisi le véhicule et la fausse monnai.
Faisant semblant d’être indigné par la perte de l’argent, Marco a insisté pour rencontrer à nouveau Santrich et Márquez. Cependant, Santrich a été informé de son arrestation imminente, selon les médias colombiens. « Ils ont dû travailler avec les rares preuves qu’ils avaient », commente Isacson du WOLA. « J’ai l’impression que la DEA et ses partenaires colombiens ont essayé de construire un dossier plus solide. »
Le 4 avril 2018, un grand jury fédéral du district sud de New York a émis un acte d’accusation formel scellé, dans lequel il inculpait Gómez, Younes Arboleda, Marín et Santrich pour conspiration visant à importer de la cocaïne, et de deux chefs supplémentaires de tentative d’importation de cocaïne. Les autorités colombiennes ont arrêté Santrich à son domicile, saisissant ses téléphones et ordinateurs.
Gómez, Younes Arboleda et Marín ont également été arrêtés. Marín n’a pas tardé à se retourner contre ses présumés co-conspirateurs colombiens ; il a blâmé Santrich, l’accusant d’être le cerveau de l’opération. De même, Marín a conclu un accord avec le gouvernement des USA et a été transféré volontairement sous la garde d’agents de la DEA vers le territoire usaméricain. Actuellement, Marín agit comme témoin collaborateur du département de la Justice, et tous les dossiers judiciaires liés à son affaire restent secrets.

La paix sacrifiée
Les accords de paix, ratifiés par le Congrès colombien en 2016, ont donné lieu à la création de deux institutions : la Commission de la vérité, chargée d’enquêter sur les crimes commis pendant le conflit et la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), un tribunal de justice transitionnelle, établi pour juger ces crimes.
« C’est une institution vaste et complexe, qui porte une responsabilité énorme », commente Michael Evans, analyste senior des Archives de la sécurité nationale et spécialiste qui a travaillé comme consultant pour la Commission de la vérité. « On parle de milliers de personnes qui essaient d’obtenir un semblant de justice pour les victimes. »
Dans le cadre de l’accord de paix, les ex-membres des FARC ont reçu une garantie de « non-extradition » pour tout crime commis avant décembre 2016. Étant donné que la prétendue conspiration de trafic de drogue a eu lieu en 2017, l’extradition de Santrich était une possibilité viable ; cependant, il s’agissait d’une question délicate et politiquement sensible, compte tenu de son haut rang d’ex-dirigeant guérillero.
Au printemps 2018, alors que la nouvelle de l’arrestation de Santrich circulait dans toute la Colombie, lui et son équipe juridique savaient qu’une demande d’extradition se préparait.
Si un ordre d’extradition parvient pour un ex-membre des FARC, la JEP est le tribunal responsable de vérifier le calendrier du crime présumé et de décider si cette personne peut être extradée. La JEP, anticipant également que les USA demanderaient l’extradition de Santrich, a immédiatement commencé à essayer d’examiner les preuves, envoyant de nombreuses demandes au procureur général de la Nation de Colombie et au gouvernement usaméricain.
Les fonctionnaires usaméricains et colombiens ont ignoré les demandes de la JEP ou ont refusé de fournir les preuves qu’elle exigeait, selon une enquête interne de la JEP obtenue par Drop Site et Intercept Brasil, ainsi qu’une plainte pénale ultérieure que la JEP a déposée contre d’anciens fonctionnaires du bureau du procureur général de la Nation de Colombie. L’obstruction s’est poursuivie même après que la demande d’extradition est finalement parvenue au gouvernement colombien en juin 2018.
Kevin Whitaker, qui a été ambassadeur des USA en Colombie sous les administrations Obama et Trump entre 2014 et 2019, a affirmé que la principale préoccupation de Washington était de placer sous sa garde les personnes qui avaient violé les lois usaméricaines.
« L’existence, ou l’inexistence, d’un accord de paix dans un autre pays n’est pas un facteur pertinent », a déclaré Whitaker dans un entretien pour un podcast en 2023.
« Cette loi de la JEP aurait exigé que les USA fournissent toutes les preuves relatives aux personnes demandées en extradition. Ce n’est pas comme ça que fonctionne l’extradition », a-t-il ajouté. « Nous ne pouvons pas fournir ces informations, et nous ne le ferions pas. »
Cependant, l’obstruction de la part des USA et de la Colombie a exaspéré les fonctionnaires de la JEP. Selon un rapport spécial des Nations Unies, jusqu’en novembre 2023, la JEP avait statué sur 72 demandes d’extradition. Dans tous les cas, le procureur général de la Nation avait partagé toutes les informations demandées par la JEP.
Après que la Cour constitutionnelle — la plus haute juridiction de Colombie — eut statué en faveur de la JEP, le Parquet a envoyé une clé USB contenant des enregistrements de 12 appels téléphoniques, alors que des rapports de la presse colombienne suggéraient que le procureur général de Colombie et le département de la Justice des USA possédaient plus de 24 000 enregistrements. Les 12 appels n’avaient aucun rapport avec l’affaire Santrich, selon la plainte pénale déposée par la JEP et un cabinet d’avocats international que la JEP avait chargé d’enquêter sur l’affaire.
En septembre 2018, le Parquet a communiqué à la JEP qu’il ne pouvait pas fournir davantage de preuves, étant donné que les autres enregistrements provenaient d’un témoin confidentiel de la DEA et se trouvaient déjà entre les mains des autorités usaméricaines.
Des mois plus tard, en février 2019, le Bureau des affaires internationales du département de la Justice a envoyé une lettre à la JEP, dans laquelle il affirmait que le partage des preuves était contraire à la pratique du gouvernement usaméricain et que, de toute façon, ces preuves étaient « inutiles » pour déterminer si l’extradition de Santrich était recevable.
En mai 2019, la JEP a statué que Santrich ne serait pas extradé vers les USA et a ordonné sa libération. Martínez, qui exerçait comme procureur général de Colombie à ce moment-là, a présenté sa démission en signe de protestation.
La même année — selon des médias colombiens — la DEA a fourni des informations au procureur général de la Nation sur des actes présumés de corruption au sein de la JEP. Les informations étaient basées sur une opération secrète, dirigée par un informateur de l’agence contre des fonctionnaires de cette juridiction.
L’informateur de la DEA, se faisant passer pour un opérateur d’un cartel mexicain, a tenté d’interférer dans l’examen de l’affaire Santrich par la JEP. L’informateur a offert de l’argent à plusieurs fonctionnaires de l’institution, en échange de l’empêchement de l’extradition de l’ex-guérillero. N’ayant pas réussi à organiser une réunion avec un magistrat de la JEP, l’informateur a concentré ses efforts sur un procureur de la juridiction — et ex-sénateur — Carlos Julián Bermeo. Bermeo a été déclaré coupable d’avoir accepté un pot-de-vin de 40 000 dollars ; néanmoins, la JEP a précisé que Bermeo n’appartenait pas à la chambre chargée d’examiner les cas d’extradition, y compris l’affaire Santrich.

Le retour aux armes
Les treize mois passés dans une prison colombienne ont visiblement affecté Santrich. Il avait la bouche légèrement entrouverte et la tête baissée, tandis que les fonctionnaires le sortaient de prison dans un fauteuil roulant. C’était le 17 mai 2019. Santrich, alors âgé de 52 ans, était resté détenu à La Picota, une prison de Bogotá tristement célèbre.
Cependant, au moment où les médias sont entrés dans le parking de la prison pour documenter la libération de l’ex-dirigeant guérillero, des officiers du procureur général se sont approchés portant un nouveau mandat d’arrêt. Devant la confusion de la presse présente, les agents ont procédé à la nouvelle arrestation de Santrich, l’introduisant rapidement dans un hélicoptère.
Pour justifier la nouvelle arrestation de Santrich, les autorités ont cité une « déclaration de Marlon Marín » dans laquelle il affirmait que toute la conspiration visant à trafiquer les 10 000 kilogrammes de cocaïne avait été conçue par Santrich lui-même. Cette fois-ci, la Cour suprême de justice de Colombie est intervenue et a ordonné la libération de l’ex-dirigeant des FARC, arguant que son cas devait faire l’objet d’une enquête par un bureau spécial au sein de la Cour suprême elle-même.
Après sa deuxième libération, Santrich a dénoncé les gouvernements de la Colombie et des USA, les accusant de lui avoir tendu un piège. Son camarade, Márquez, s’est solidarisé avec lui, affirmant sur les réseaux sociaux que le gouvernement colombien avait trahi les accords de paix et que cela avait été « une grave erreur » d’avoir remis leurs armes à un « État trompeur ». Si le gouvernement colombien n’allait pas respecter les accords de paix, pensaient Santrich et Márquez, eux non plus ne les respecteraient pas. Tous deux se sont enfuis à la campagne en juillet 2019.
Un mois plus tard, une vidéo a circulé sur Internet montrant Márquez, Santrich et leurs camarades, entourés de banderoles, vêtus d’uniformes de camouflage militaire et portant des armes à feu. Pendant que Márquez lisait à haute voix un discours écrit, Santrich se tenait à côté de lui, arborant un kefieh, des lunettes noires et un béret noir. Dans la vidéo, ils ont annoncé qu’ils avaient repris les armes, près de la frontière avec le Venezuela.
« C’est la continuation de la lutte guérillera en réponse à la trahison de l’État envers les accords de paix de La Havane », a lu Márquez à haute voix. « Tout cela : le piège, la trahison et la perfidie, la modification unilatérale du texte de l’accord ; le non-respect des engagements par l’État, les mises en scène judiciaires et l’insécurité juridique nous ont obligés à retourner dans la jungle. »
Ils ont nommé leur nouveau groupe dissident la « Seconde Marquetalia », en référence au territoire guérillero établi dans les années 1950 pendant la guerre civile.
La guerre contre le gouvernement colombien recommencerait.
D’autres ex-membres des FARC ont supposé que si des négociateurs de haut rang comme Santrich et Márquez avaient été ciblés par des persécutions, la même chose pouvait leur arriver. Entre 2018 et 2021, pendant et après la débâcle de Santrich, 23 groupes dissidents et scissions des FARC ont repris les armes, selon un rapport de la Commission de la vérité.
En mai 2022, les groupes dissidents des FARC — qui ont abandonné le processus de paix ou qui ne l’ont jamais rejoint — ont été responsables d’un peu plus de la moitié de tous les homicides et disparitions forcées dans le pays, selon le procureur général de la Nation de Colombie. Un document de renseignement interne de cette entité décrit les activités de la Seconde Marquetalia, qui incluent le trafic de drogue et d’armes, les enlèvements, l’extorsion, le traite de personnes, l’exploitation minière illégale et le recrutement de mineurs.
« Au-delà des responsables politiques de l’administration Obama, il existait un énorme groupe du département d’État — des vétérans de la lutte antidrogue, et probablement des militaires — qui ont toujours été sceptiques quant aux accords de paix », affirme Isacson du WOLA. « Ils auraient préféré rester sur le champ de bataille et combattre ces personnes, même si cela impliquait de prolonger la guerre de 20 ans. »
« Par conséquent, si tel était leur objectif, ce n’est pas un “effet boomerang”. Il semble plutôt qu’ils aient obtenu exactement ce qu’ils voulaient. »
Une récompense de 10 millions de dollars
En mars 2020, un acte d’accusation a été rendu public par le tribunal fédéral du district sud de New York, nommant Santrich, Márquez et Maduro. Ils y étaient accusés de narcoterrorisme, de conspiration en vue d’importer de la cocaïne et de possession de mitrailleuses et d’engins destructeurs, entre autres chefs d’accusation. Maduro était accusé de protéger Santrich et Márquez. Cet été-là, le gouvernement des USA a offert une récompense de 10 millions de dollars pour la tête de Santrich.
Onze mois plus tard, l’heure de régler les comptes est venue. Un informateur infiltré dans un campement de la Seconde Marquetalia, dans la jungle sud-américaine, a trahi son dirigeant.
L’informateur a envoyé des photos et la localisation exacte de Santrich à ses contacts au sein de l’armée colombienne, selon des rapports colombiens. Mais il a prévenu les militaires que s’ils voulaient tuer Santrich, le moment était venu : le dirigeant guérillero, 53 ans, disait au revoir à ses camarades avant de partir pour un autre campement.
Les commandos militaires colombiens ont rapidement rassemblé leurs armes et explosifs. On ne sait pas avec certitude si Santrich se trouvait en territoire colombien ou vénézuélien ; cependant, lorsque son convoi a quitté le campement, les commandos ont surpris les guérilleros. Une forte explosion a désorienté le groupe rebelle, et une rafale de tirs a commencé à frapper le convoi de Santrich. Une brève fusillade a éclaté, mais les guérilleros n’ont pas fait le poids face aux commandos. Lorsque les tirs ont cessé, Santrich gisait mort sur le sol.
Un soldat colombien s’est approché du corps de Santrich et a pris une photo. Puis il s’est baissé et a coupé le petit doigt de la main gauche du dirigeant guérillero. Les commandos sont rapidement repartis vers Bogotá, emportant avec eux le doigt de Santrich.
Le 1er décembre 2021, une fois les FARC démobilisées et intégrées à la politique civile, l’administration Biden a retiré les FARC de la liste usaméricaine des organisations terroristes. Ce même jour, l’administration Biden y a ajouté deux nouveaux groupes colombiens : la Seconde Marquetalia et les FARC-EP, une autre faction dissidente des FARC.
La Seconde Marquetalia contrôle plusieurs routes du trafic de drogue le long de la frontière colombo-vénézuélienne et combat fréquemment d’autres groupes guérilleros et paramilitaires pour le contrôle territorial, selon des analystes de la criminalité organisée. La Seconde Marquetalia a également été accusée l’année dernière d’avoir orchestré l’assassinat d’un sénateur colombien de droite.
Sous le mandat du président colombien de gauche, Gustavo Petro, l’affaire Santrich a retrouvé de l’importance. Avant d’accéder à la présidence, en 2020, Petro a dénoncé l’opération de la DEA et du procureur général comme un « entraînement » qui a violé les accords de paix. Cette année encore, il a réitéré cette accusation sur les réseaux sociaux.
En août 2024, trois ans après que l’armée colombienne eut tué Santrich, l’ONU a publié un rapport expliquant comment l’affaire Santrich et le mépris envers les fonctionnaires de la JEP ont entravé la mise en œuvre des accords de paix en Colombie. Dans l’opération secrète contre Santrich, « on pourrait avoir eu recours à la figure de l’“agent provocateur” », indique le rapport de l’ONU. Cependant, le rapport s’abstient de nommer ledit « agent secret » ou de le lier à la DEA et au département de la Justice.
La chercheuse spéciale qui a rédigé le rapport de l’ONU, Antonia Urrejola, n’a pas répondu à plusieurs demandes d’entretien.
Le gouvernement de Petro a tenté d’engager des dialogues avec divers groupes criminels dans le cadre de son programme de « Paix Totale ». À ce jour, ces conversations avec des groupes comme la Seconde Marquetalia et l’Armée de libération nationale (ELN) ont échoué. Caracas a servi de cadre aux négociations entre le gouvernement colombien et la Seconde Marquetalia ; mais les pourparlers ont perdu de leur élan en raison de divisions internes au sein du groupe rebelle. En mars, le gouvernement de Petro a annoncé que, depuis novembre 2024, aucune nouvelle négociation de paix n’avait eu lieu avec le groupe. « La Seconde Marquetalia naît du coup monté contre le processus de paix », a affirmé Petro « par une opération sous faux drapeau avec des agents de la DEA. »



